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Un grand merci Bianca Li

 

Parfois le hasard fait bien les choses, une amie cherchait une idée de cadeau à m’offrir pour mon anniversaire et nous regardions les ballets à venir, passion que nous partageons. Ne voyant rien qui me plaisait dans les salles les plus mainstream, je suis allée jeter un œil sur la programmation du palais de Chaillot, dans lequel je n’avais pas remis les pieds depuis de nombreuses années. La compagnie de Bianca Li se produisait en novembre. Nous l’avions découverte en tant que danseuse dans Déesses et Démones, nous voilà donc avec nos places réservées pour Solstice.

C’est bien simple, j’ai tellement aimé qu’à peine sortie de la séance et rentrée chez moi je réservais ma place pour le revoir, chose qui ne m’était jamais arrivée (aussi rendue possible par le prix raisonnable des places de Chaillot).

Pendant une heure et demie non interrompue, sa troupe de 14 danseurs et danseuses affrontent les éléments. La scène est nue, avec juste un petit rempart au fond, le décor se limite à des voilages accrochés en hauteur qui descendent ou remontent au gré du spectacle.

Les danseurs sont nus aussi ou autant qu’on puisse l’être sur une scène parisienne. Une culotte pour les hommes, avec une brassière pour les femmes.

Dès le début on est pris au ventre par l’énergie incroyable qui se dégage de cette troupe. Ils sont les premiers hommes et les premières femmes sur terre, ils se meuvent en exagérant leur carrure, ils sautent. Ils utilisent leur bouche pour former les premiers sons, cacophonie harmonieuse sur laquelle ils dansent. Ils utilisent leurs corps comme des outils de percussion, tapent dans leurs mains, sur leurs jambes.

Dès le début, ils sont accompagnés par l’incroyable Bachir Sanogo, qui percute des tambours sur un rythme entêtant.

Ils affrontent le vent, parés de voilages, puis la tempête, on est au centre du cyclone grâce à un procédé de projection de lumière sur le sol.

Succède un jeu de souffles, d’inspirations et d’expirations par lesquels les danseurs se retrouvent liés les uns aux autres. Quelques rires fusent dans la salle suite à leurs mimiques. Bianca Li exploite toutes les facettes de ses danseurs, qui se transforment ensuite en éoliennes humaines. Les éléments s’enchainent, c’est la mer à présent sur scène. Les voilages se transforment en vagues, et les danseurs en petits coquillages ballottés par les flots.

 

Bachir Sanogo chante à présent des chants ancestraux, pendant que la troupe ondule telles des algues.

L’eau se fait glace, dans un crépitement, un danseur seul lutte contre ses acolytes devenus glaçons, banquises, ils l’entourent et l’incorporent.

La troupe traverse le désert à présent, portant des paniers sur la tête.

L’un d’eux s’isole et évolue sur une étendue d’eau, le doublage sonore est effectué grâce à un aquarium placé sur le côté dans lequel Bachir plonge ses mains. Les autres le rejoignent et aux bruits d’eau s’ajoutent les bruits des paniers en bois sur le sol.

Le final est une apothéose. D’un danseur unique au centre de la scène, qui joue avec la terre qui lui tombe dessus en fine pluie, aux femmes qui déversent cette même terre sur le sol dans de grands paniers, bientôt le sol en est recouvert.

Ça devient tribal, animal, sauvage et puissant comme un haka néozélandais. Les danseurs s’affrontent, se battent, se défient, se jettent de la terre. Ils enchaînent des prises empruntées au hip hop, ils sont en noir, certains portent un masque noir de protection, les percussions sont obsédantes. Ça monte en tension, on voudrait que jamais ça ne s’arrête. Mon cœur bat au rythme du martèlement. Quand finalement le voilage tombe sur eux, puis le rideau, c’est un tonnerre d’applaudissements et le public debout, déchaîné d’avoir été transporté ainsi dans des tréfonds primitifs.

J’ai vu la même chose deux fois à quelques jours d’intervalle et j’ai été emportée de la même façon. La deuxième fois m’a juste permis de savourer un peu plus et de m’attarder sur certains détails. Tout est si créatif, le dépouillement de certains éléments comme les costumes ou le décor et parallèlement l’usage de chaque protagoniste de façon plus complète. Un peu comme dans la vie, quand on a moins et qu’on en tire davantage la substantifique moelle.

 

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Note sur mon cheminement : Déesses et Démones (2015) – Solstice (2018) – Me donne envie de voir : le Suresnes Cités Danses (mentionné dans la fiche du programme)

 

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