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Cette semaine j’ai aimé…

Il y a des œuvres qui vous parlent tout de suite, par leurs couleurs, leur composition, leur sujet.

Et puis il y en est d’autres qui ne vous disent rien.

Il faut se méfier de celles-ci car parfois, quand on a percé leur mystère, elles deviennent plus entêtantes, distillant leur attrait au fil des jours, devenant des obsessions si l’on n’y prend pas garde.

A l’entrée dans la New galerie (www.newgalerie.com), et en voyant ces toiles uniformes marrons, avec juste un filet plus clair au centre ou en haut, ma première pensée fut que dans une foire, dans une salle plus fournie, je ne me serais pas retournée sur elles. Mais là, dans cette salle blanche, chirurgicale, éclairée au néon, il n’y avait qu’elles à voir.

L’artiste c’est Zhang Zhenyu, voilà qui ne me dit rien, je ne peux toujours pas me rattacher à grand-chose.

Comme son nom l’indique, il vit en Chine et a décidé de créer à partir de la poussière des villes chinoises, toujours en construction.

Il collecte donc cette matière noirâtre, grisâtre, et l’intègre à sa toile grâce à une colle. Il la travaille et la fond à son envie, puis ponce la toile pour lui conférer un aspect presque laqué.

En effet, on peut presque se voir dedans, alors que la couleur devrait absorber toute lumière.

Je ressors de la galerie un peu moins perplexe, et l’œuvre fait son chemin dans mon esprit toute la semaine.

Bien sûr la condamnation implicite de la pollution dans laquelle on vit, et lui encore plus que moi, les villes chinoises étant parmi les plus polluées au monde.

Mais aussi la façon de transformer cette pollution, de l’inclure physiquement dans une œuvre, de se l’approprier, d’en faire quelque chose de beau, d’artistique.

Le parallèle entre les pigments anciens, naturels, utilisés pour la peinture, ces matériaux parfois si nobles, si couteux, et ici au contraire, des rebuts de notre société.

Je me demande comment va évoluer cette œuvre, est ce que cette matière va muter ou est-elle suffisamment stabilisée et absorbée dans la toile.

On peut trouver des petites vidéos de l’artiste en train de travailler, de poncer sa toile, patiemment, longuement, elles m’hypnotisent.

Chaque jour depuis ma visite, à un moment, je repense à ces grandes toiles de poussière.

Le fait de travailler à partir de matériaux liés à la pollution n’est pas nouveau, de nombreux artistes l’ont déjà fait, mais là cette poussière, ces particules si volatiles et pourtant si dangereuses pour l’environnement, pour l’homme, je trouve ça dérangeant mais aussi d’une grande poésie.

La série s’appelle juste Dust (poussière), au-delà de l’évocation écologique, c’est aussi la poussière dont nous venons, celle à laquelle nous retournerons

2 commentaires

  • MICHEL GUINE

    Bonsoir,
    J’ai également été très touché par le travail de Zhang Zhenyu qui a un coté conceptuel mais qui allie une technique évoquant le travail traditionnel de la laque de son pays et une grande modernité du sujet aboutissant à un « objet »assez fascinant dans lequel le spectateur peut plonger et s’interroger.
    Un artiste qu’il faut suivre.
    Cordialement.

  • artycrush

    C’est vrai qu’il y a aussi cette dimension modernité/technique ancestrale dans son oeuvre. Et c’est un travail qui mérite des explications pour bien en comprendre toutes les nuances. Contente de voir que nous avons partagé ce coup de coeur !

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