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Henry Moore chez les bretons

Prendre le train depuis Paris jusqu’à la charmante mais néanmoins reculée bourgade de Lancarneau un jour de grève nationale était-il vraiment une bonne idée ?
Voilà ce que je me suis demandé en me levant pour enchainer avec abnégation un peu de marche, deux lignes de métro, un tgv et un ter. La SNCF m’avait déjà fait changer mon billet de train retour et je n’avais que quelques heures sur place, mais l’attrait d’Henry Moore était plus fort que tout.

Ce sculpteur anglais, né à la toute fin du 19 è siècle, était rentré dans ma vie par l’intermédiaire de cette jeune odalisque verte.

Je crois bien que c’est la première fois que je souhaitais réellement posséder une œuvre. Jusque-là, le fait de pouvoir les admirer dans des musées, ou dans des galeries m’était suffisant.

Elle était présentée sur le stand de la galerie Osborne Samuel, qui propose régulièrement de petites sculptures de Moore, et je pouvais rester devant elle si ce n’est des heures (ce qui aurait paru un peu bizarre lors d’une foire), au moins de longues minutes, revenant régulièrement la voir.

J’apprendrais par la suite que la figure de la femme couchée, est de même que la mère ou le couple à l’enfant, un des thèmes principaux développés par Moore.

Lorsque j’ai découvert que le Fonds Helene et Edouard Leclerc lui consacrait une exposition à Lancarneau, je me suis décidée à faire le déplacement.

Je ne regrette pas une de mes six heures de train même si je vous recommande davantage de visiter cette exposition si vous êtes déjà dans la région.

Située à deux minutes de la gare de Lancarneau, le fonds Helene et Edouard Leclerc est un fonds privé de dotations d’art contemporain, construit sur le site d’un ancien couvent capucin, toujours en place, mais aussi sur le site du premier hypermarché Leclerc. Il existe depuis 2012.

Le bâtiment est assez grand et on y rentre par une cour pavée, dans laquelle figurent 3 statues de Moore.

   

            Mother and child – 1982                                                             Reclining figure – 1982 

Le parcours de l’exposition est chronologique et thématique, présentant certaines œuvres de jeunesse du sculpteur.

Moore, septième enfant d’une famille de huit, avait été mobilisé durant la Première guerre mondiale, et à la suite de son rapatriement, obtient une bourse d’ancien combattant, ce qui lui permettra d’étudier à l’école des Beaux-arts de Leeds.

Au-delà des sculptures elles-mêmes, on trouve des dessins, laissant préfigurer certains des grands thèmes de prédilection d’Henry Moore.

Il est également question des influences du sculpteur, comme par exemple les arts dits primitifs au sens large, des sculptures sumériennes, cycladiques, mésopotamiennes, africaines ainsi que des mouvements surréalistes et abstraits.

Mother and child – 1930

La période de la seconde guerre mondiale fait émerger une nouvelle catégorie d’œuvres, pour certaines inspirées des heures passées à se cacher lors des bombardements.

Mother and child – 1938

Warrior with shield – 1953

Après la guerre, Moore va incarner en Angleterre les valeurs humanistes et se voir confier des commandes publiques dans lesquelles ses thématiques de la femme et du couple à l’enfant vont pouvoir s’exprimer librement.

Sa femme, Irina, donne naissance à leur fille en 1946. Celle-ci sera prénommée Mary, en hommage à la mère du sculpteur, décédée peu avant. En dépit de ce prénom biblique, les femmes à l’enfant de Moore n’ont rien de nativités, elles sont davantage l’expression d’un thème universel.

Family group – 1948     

Mother and child – 1978

(Non, Henry Moore n’était pas en panne d’inspiration pour les titres de ses œuvres, il estime que « Donner à une sculpture ou à un dessin un titre trop explicite enlève une part de ce mystère, et ainsi le spectateur se déplace vers l’objet suivant, sans faire l’effort de mesurer le sens de ce qu’il vient de voir ».)

Après la guerre, le sculpteur installe son atelier à Perry Green, suite aux bombardements ayant détruit sa maison. C’est encore là aujourd’hui que se trouve la Henry Moore Foundation, qui prête la majeure partie des œuvres présentées.

A la campagne, il intègre des matériaux plus organiques dans certaines de ses œuvres.

Reclining mother and child – shell skirt – 1975

L’artiste utilise également le plâtre pour créer des maquettes d’œuvres qu’il agrandira par la suite.

Three figures – 1982

Bone head – 1983

La fin de l’exposition est consacrée à ses œuvres monumentales, en bronze ou en bois par exemple.

Reclining figure – 1979

Henry Moore étant aujourd’hui encore peu exposé en France, je suis ressortie ravie de cette exposition, qui m’a permis d’accéder à une grande catégorie d’œuvres, alors que je n’avais jusqu’ici croisé que ces petites pièces en bronze. Je reste toutefois plus sensible à celles-ci qu’à des sculptures monumentales.

Prochaine étape : peut être la Henry Moore Foundation, si mes pas me guident à Perry Green !

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