Foires

ART BASEL 2021

Art Basel est l’une des – si ce n’est la – plus grandes foires d’art contemporain actuelles. Comme son nom l’indique, elle a été créée en 1970 par 3 galeristes originellement à Bâle puis deux éditions se sont ajoutées, Hong Kong et Miami.

L’édition suisse se tient généralement au mois de Juin mais cette année, covid oblige, ce fut en Septembre. Le pari était risqué, alors que la majorité des pays européens commencent seulement à se détendre un peu vis-à-vis du Covid mais que les voyages internationaux sont encore réduits, notamment avec certains pays, dont les Etats-Unis qui viennent juste d’assouplir leurs règles. Au-delà de la difficulté de faire venir des galeries étrangères à la foire, il y a la question des acheteurs et acheteuses bien sûr, dont la présence n’est clairement pas assurée.

C’était du reste pour moi l’occasion de traverser la frontière française pour la première fois depuis mars 2020, et ce n’est pas rien. Après 3 heures de train passées à dormir profondément -levée à 5h 20 ouch-, me voilà débarquée à la gare de Bâle, un coup de tramway plus tard et nous voici devant l’immense centre des expositions. Comme partout désormais, il nous faut montrer patte blanche avec le passe sanitaire, et il est nécessaire d’aller récupérer un bracelet vert dans un bâtiment annexe avant de pouvoir entrer. L’organisation est suisse, donc plutôt efficace.

mon précieux

Art Basel se déploie sur deux univers principaux : le secteur principal avec les galeries présentant leurs artistes et leurs œuvres et la partie dite Unlimited, dans laquelle sont présentés les projets monumentaux qui ne tiennent pas dans un espace d’exposition classique.

La partie classique se déploie sur deux étages et au centre du bâtiment, en extérieur, on trouve toute l’activité de restauration (la foire est plutôt bien faite de ce point de vue). Il est facile de se poser un moment pour prendre un verre, ou discuter.

J’avoue avoir été un peu déçue par cette édition de 2021, j’ai trouvé beaucoup d’œuvres peu intéressantes, soit du fait de leur banalité, soit du fait de leur sensationnalisme un peu forcé à mon goût. L’art contemporain est beaucoup sujet à critique, surtout quand on n’est pas tombé.e dans la marmite, et je trouvais qu’il y avait du grain à moudre pour ses détracteurs dans les rayons.

Mais ne voyons pas le verre à moitié vide, j’ai aussi été charmée par plusieurs œuvres.

Aaron Siskind – Pleasure and terrors of levitation – 1953 – Gallerie Howard Greenberg

Aaron Siskind est un photographe américain d’origine russe, né en 1903 et mort en 1990. Il découvre la photographie après avoir reçu un appareil photo en cadeau à son mariage. Il s’est d’abord illustré dans des travaux documentaires.

Dans sa série Pleasures and Terrors of Levitation, créée dans les années 50, il représente de jeunes hommes suspendus dans l’air, sans contexte. On ne sait s’ils sont en train de monter ou de descendre, en train de plonger ou sur un trampoline, mais l’énergie de leur saut est communicative et pure.

Ai Weiwei – Porcelain pillar with refugee motif – 2017 . Galerie Max Hetzler

Ai Weiwei est une grande figure de l’art contemporain. Artiste chinois, né en 1957, il fait partie du groupe artistique The Stars, qui refuse de créer de l’art chinois dicté par les directives du gouvernement. De 1981 à 1993, il s’installe aux Etats- Unis et travaille sur des Objets trouvés et des Ready-made. Il revient par la suite à Pékin, où il collectionne les céramiques chinoises et des morceaux de meubles qu’il utilise dans ses œuvres. Il y développe son goût de la provocation, et vous avez peut être déjà entendu parler de sa série des « doigts d’honneur », qu’il dirige vers la Tour Eiffel, ou la porte de la paix céleste à Pékin. En 2011, il est arrêté par les autorités chinoises puis libéré et accusé de fraude fiscale. Le public chinois se mobilise pour l’aider à payer l’amende.

Cette œuvre récente est faite en collaboration avec des artisans de la province du Jiangxi, centre historique de production de porcelaine, et représente des motifs liés à l’expérience des réfugiés : voyages, exil, traversées, camps, etc

Thomas Schutte – Frauenkopf – 2019. Galerie Frithstreet

Mon gros coup de cœur de cette édition d’Art Basel. Pourtant je ne suis vraiment pas une fan habituelle des œuvres de Thomas Schutte, mais ce portrait de femme comme une baudruche ayant perdu sa superbe, un ballon dégonflé, m’a spécialement touchée. Peut-être faisait-elle écho à mon humeur du moment (pas folichonne donc), ou bien est-ce le contraste de sa taille et de sa force apparente et de son abandon. Est-elle endormie ou éteinte ? Elle semble paisible en tout cas.


Thomas Schutte est un artiste allemand, né en 1954 et travaillant à Dusseldorf. Elève de Gerhard Richter, il travaille principalement la sculpture. Ses corps humains, tantôt monumentaux, ou minuscules se plient à toutes formes de distorsion et de transformations..

Tomas Saraceno – Pneuma 420 – 2018

Toujours un plaisir de voir l’évolution du travail de Tomas Saraceno. L’artiste et architecte argentin développe un travail autour de l’écologie, et le respect de l’environnement, qu’il enveloppe de poésie. Ses créations sont aériennes, expérimentales comme ses toiles d’araignées exposées notamment à la Biennale de Venise.

Thomas Ruff – Tableau chinois – 2019. Galerie Mai 36

J’avais fait la connaissance du travail du photographe allemand Thomas Ruff (je réalise que sans le faire exprès, ma sélection comprend beaucoup de Thomas) lors de l’exposition de son travail à la galerie Zwirner en février 2021. En agrandissant et amplifiant les pixels de photographies de propagande chinoise de l’époque de Mao, il produit des clichés aux formats monumentaux, écrasants comme la dictature de ces images.

Philippe Parreno – Clock – 2020. Galerie Esther Schipper

Cette montre de Philippe Parreno ne vous donnera pas l’heure. Enfin en tout cas pas celle que l’on connait. Mais elle pourra vous indiquer la pression atmosphérique de la pièce, ou le flux migratoire des oiseaux. J’avais beaucoup aimé sa création en collaboration avec Daniel Buren, exposée récemment à la galerie Kamel Mennour, dans laquelle des rideaux de différentes couleurs s’ouvraient et se fermaient dans un ballet désordonné, qui dépendait en réalité du niveau de la Seine.

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